| Issue |
Cah. Agric.
Volume 35, 2026
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| Article Number | 7 | |
| Number of page(s) | 2 | |
| DOI | https://doi.org/10.1051/cagri/2026004 | |
| Published online | 24 March 2026 | |
Analyse d’ouvrage / Book Review
Past, present and future challenges in mountain transhumance
Sraïri MT, Tourrand JF, Chedid M, Opplert M, Maraval MC. 2025. Montpellier, CIRAD, 310 p. ISBN 978-2-87614-857-4. https://doi.org/10.19182/agritrop/00231.
UMR SELMET, Université de Montpellier, INRAE, CIRAD, Institut Agro, Montpellier, France
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L’ouvrage Past, present and future challenges in mountain transhumance se présente comme une collection de 20 chapitres rendant compte de la transhumance aux quatre coins du monde, c’est-à-dire dans 20 sites de 17 pays. Toutes les régions sont représentées : Asie centrale, Amérique du Nord et du Sud, Maghreb et Proche Orient, Afrique de l’Est, Europe du Nord et du Sud, à part l’Océanie, et ce n’est pas la moindre originalité de cet ouvrage que de rassembler autant de cas de figure et d’histoires, que chacun pourra lire séparément ou en s’exerçant au comparatisme : il y a des spécificités locales, mais aussi des points communs à toutes ces formes de transhumance. En tout cas, l’ouvrage montre, en cette année internationale 2026 des parcours et des pasteurs, combien le pastoralisme a été et est toujours une réalité mondiale adossée, dans sa déclinaison de transhumance, à une mobilité des troupeaux et des humains pour l’exploitation de complémentarités saisonnières de végétations, de climats et d’altitudes.
Chaque chapitre « situé », de 10 à 15 pages, est construit avec un même plan associant : i) une partie « géographique » localisant le site étudié de la carte du monde à celle des pays, expliquant les complémentarités de milieux justifiant la mobilité des animaux de saison en saison ; ii) une partie historique repérant dans l’histoire longue les premières traces de transhumance et résumant les grands soubresauts politiques et sociétaux (invasions et guerres, colonisation, collectivisations, Indépendances, réformes agraires) ayant modifié la propriété des terres, celle des cheptels ayant favorisé ou au contraire entravé la pratique de la transhumance et plus largement de l’élevage ayant une base pastorale. Puis sont expliqués les facteurs majeurs qui jouent aujourd’hui sur le déclin ou le maintien de formes pastorales. Enfin, ces chapitres se terminent par des conditions ou recommandations pour une pérennisation de la transhumance, ainsi que par quelques références bibliographiques. Les auteurs sont chercheurs et universitaires pour la plupart, mais il y a aussi des éleveurs retraités et des acteurs d’organisations non gouvernementales : ils sont tous experts.
Un chapitre introductif précède les 20 chapitres-sites. Il donne aux lecteurs la définition de la transhumance de montagne comme un mouvement saisonnier pour profiter de pâturages qui ne sont pas valorisables en hiver du fait du froid. De nombreuses fonctions sont associées à la transhumance : la viabilité des systèmes d’élevage en assurant une continuité hiver-été dans l’alimentation des troupeaux, le maintien de la biodiversité, le transfert de matière organique vers les zones de culture, le contrôle d’espèces invasives et de la biomasse cellulosique (qui peut brûler), la protection des sols, la libération de la main-d’œuvre pour les travaux des champs en bas. Cette vue d’ensemble sera déclinée site par site. Les auteurs proposent une typologie des cas étudiés. Les facteurs majeurs qui transforment les transhumances sont également présentés, depuis le changement climatique jusqu’aux politiques publiques en passant par le numérique, la prédation, la concurrence avec d’autres activités utilisatrices des espaces telles que les mines, les cultures et la forêt, les enjeux de conservation de l’environnement et la possibilité de valorisation spécifique des produits de qualité (lait, viande, laine, fromages).
Avec l’ensemble des sites, on peut revenir sur ce que transhumance signifie au-delà de ce mouvement saisonnier, qui est souvent hiver-été, mais qui peut s’appuyer sur l’association, via la mobilité, de trois étages de végétation entre le bas, les strates intermédiaires et les montagnes. La définition ne dit pas l’histoire longue de la transhumance : il s’agit d’une adaptation humaine d’un des phénomènes fondamentaux de la nature : la migration de milliers d’animaux sur de grandes distances à la recherche d’habitats adaptés, de ressources alimentaires, et d’aires de reproduction. Les humains suivaient ces migrations au Paléolithique. Après le Néolithique et la domestication des animaux, ils les ont systématisées pour leur propre survie (chapitre 15). La transhumance est un marqueur de l’histoire humaine, et l’on peut comprendre qu’avec les siècles, elle soit un marqueur du patrimoine en ce qu’elle relie espaces, humains, animaux et chemins. La transhumance est en effet aussi une route, en même temps que le levier d’organisation de la complémentarité entre espaces.
Les grandes transhumances, longues parfois de plusieurs centaines de kilomètres et d’une durée de plusieurs jours ou semaines, sont en forte régression partout, voire ont disparu au profit de déplacements plus courts ou effectués en camion. Elles sont décrites dans de nombreux chapitres comme un moment particulier : il s’agissait de trouver jour après jour des ressources alimentaires et de l’eau pour le troupeau, des lieux de couche et de tracer un chemin pour les bêtes. Les grandes transhumances ont été de tout temps à la fois des moments de fête (les passages de troupeaux marquaient les cycles saisonniers, les communautés se rencontraient), mais aussi des sources de conflit avec les cultivateurs et les villageois du fait des destructions de jardins ou de champs cultivés par les troupeaux de passage. Elles ont été ici ou là réglementées, c’est-à-dire que les routes ont été codifiées, voire aménagées. La reconnaissance de la transhumance par les autorités vient de là. Les règles d’usage des terres d’altitude, souvent collectives, s‘inscrivent dans les réglementations mais aussi dans les accords entre tribus. Les fêtes de transhumance deviennent l’expression d’une activité et d’un patrimoine, ce qui a justifié l’inscription de la transhumance au patrimoine mondial de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), cette inscription ne concernant cependant que des pays d’Europe et du pourtour méditerranéen. Cela étant dit, la transhumance vue comme l’exploitation permise par la mobilité d’espaces naturels sensibles à certaines périodes de l’année n’est pas exempte de dégradations de parcours. Les équilibres entre dynamique des végétations, ingestion, piétinement et déjections animales sont subtils, sensibles aux effectifs, aux pratiques de pâturage et aux aléas climatiques, notamment récemment aux sécheresses répétées.
L’ouvrage n’incite pas à l’optimisme pour l’avenir : la transhumance décline un peu partout. Les facteurs explicatifs de cette décroissance sont souvent les mêmes d’un chapitre à l’autre : les auteurs évoquent les politiques publiques défavorables à la sécurisation du foncier pastoral, à la mobilité des troupeaux, associées à de faibles revenus tirés de l’élevage extensif. La disparition de l’élevage et l’abandon de terres « en bas » peut être aussi une raison de renoncer à transhumer. Le développement des surfaces en cultures ici, la forestation ailleurs, réduisent les aires pastorales. Le changement climatique est aussi très fréquemment cité, avec une montée en puissance des préoccupations sur la disponibilité en eau pour l’abreuvement et pour les bassins hydrologiques situés en aval. La prédation est inégalement évoquée, mais lorsqu’elle est présente, elle marque les façons de faire, les besoins d’abris et de protection pour les petits ruminants, et parfois les tensions entre protecteurs de la nature sauvage et acteurs du renouvellement de la biodiversité par l’animal domestique.
Ce qui frappe à la lecture des différents chapitres, c’est la répétition du constat de la « fuite » des jeunes, et sans doute d’abord des jeunes femmes, du monde pastoral, de ses rythmes de vie qui sont inféodés à ceux des troupeaux, de la solitude et du travail cité comme harassant, alors que les villes, les mines et d’autres activités semblent plus attrayantes. Cela entraîne un vieillissement des éleveurs et des bergers, des abandons de troupeaux et de terres et une rupture dans la transmission des savoirs que chacun s’accorde à reconnaître comme essentiels à la pérennisation du pastoralisme et de la transhumance. Comment s’organise le travail, quelle est la répartition des tâches entre hommes et femmes, jeunes et personnes âgées, travailleurs familiaux et salariés, que peut-on dire des conditions et de la satisfaction au travail des uns et des autres, sont des questions très rarement évoquées.
Que peut-on dire des raisons d’espérer de l’avenir de la transhumance au fil des derniers paragraphes des 20 chapitres ? Sans doute tournent-elles autour de quatre ensembles de domaines : production ; environnement ; patrimoine ; humain. Du côté de la production, trois pistes d’amélioration sont citées. Le marché pourrait reconnaître la qualité spécifique des produits issus des ressources pastorales (ce qui est plus facile à faire avec le lait qu’avec la viande ou la laine cependant). Le rétablissement des liens entre animaux et surfaces en cultures est évoqué dans un contexte économique ou écologique qui serait favorable à l’abandon de la fertilisation minérale au profit de la fertilisation organique. De même, là où la reforestation s’impose, de nouvelles formes d’associations sont discutées, notamment en vue de la prévention contre les risques d’incendie et l’amélioration de la qualité des ressources alimentaires pour les animaux en période de sécheresse. D’un point de vue environnemental, il s’agit de retrouver des modes de management des terres, de l’eau et des sols qui limitent la dégradation des parcours. Des propositions sont faites (comme le pâturage tournant), mais elles doivent être co-conçues avec les communautés locales et s’appuyer sur un partage des connaissances scientifiques et des savoirs locaux. La co-existence avec les prédateurs protégés est un sujet qui doit être abordé de front avec des indemnisations significatives, des attaques contenues et des mesures de protection efficaces. Sur le plan patrimonial, le tourisme est présenté à plusieurs reprises comme un levier de mise en valeur des traditions de la transhumance et de l’identité forte de ceux qui la pratiquent.
Enfin, plusieurs des chapitres-sites réfléchissent aux perspectives d’amélioration des conditions de travail. L’investissement dans le numérique (mobiles, ordinateurs) est susceptible d’alléger le travail de surveillance, de faciliter la circulation de l’information et de rendre plus attractif le métier auprès des jeunes. C’est également le cas des investissements dans des infrastructures, au moins dans des logements plus élaborés que de simples cabanes. Mais c’est sans doute au travers d’une reconnaissance du métier, au-delà de la dimension patrimoniale de transmission, avec des statuts reconnus et des salaires décents pour les salariés – qu’ils soient locaux ou migrants –, que résident des pistes significatives d’amélioration de l’attractivité du métier auprès des jeunes générations. L’adaptation des transhumances familiales vers des modes d’élevage plus collectifs, avec des bergers salariés, sont aussi des pistes évoquées dans les différents chapitres. Au final, de nombreux chapitres évoquent le poids des politiques publiques, que ce soit pour expliquer le déclin de la transhumance (modes d’appropriation des terres, de préservation des chemins), mais aussi pour la maintenir ou la relancer. Mais d’autres leviers doivent être considérés, comme la reconnaissance par l’UNESCO qui donne une vraie visibilité au patrimoine de l’humanité que représente la transhumance, le tourisme ou l’ensemble d’innovations portées par les acteurs eux-mêmes, sans oublier les opportunités liées aux technologies numériques, en premier lieu pour rompre l’isolement des bergers de montagne.
On le comprendra : depuis la préface, le chapitre introductif, jusqu’aux 20 chapitres-sites proposés à la lecture dans cet ouvrage, ce que nous disent les auteurs est que la transhumance est porteuse d’une histoire à la fois très ancienne mais aussi très actuelle, agroécologique, des relations entre humains, animaux et espaces naturels, une histoire et une actualité qui se déclinent de façon à la fois semblable et chaque fois différente dans différentes régions du monde, autour des complémentarités entre espaces de montagne et de plaine, dans les chemins qu’empruntent les troupeaux pour les relier et des humains qui les guident et les soignent.
© B. Dedieu, Hosted by EDP Sciences 2026
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