Open Access
Article de recherche / Research Article
Numéro
Cah. Agric.
Volume 30, 2021
Numéro d'article 24
Nombre de pages 10
DOI https://doi.org/10.1051/cagri/2021009
Publié en ligne 18 mai 2021

© S.N. Rasambo et al., Hosted by EDP Sciences 2021

Licence Creative CommonsThis is an Open Access article distributed under the terms of the Creative Commons Attribution License CC-BY-NC (https://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0), which permits unrestricted use, distribution, and reproduction in any medium, except for commercial purposes, provided the original work is properly cited.

1 Introduction

Depuis plusieurs décennies, de nombreux acteurs de la conservation et du développement promeuvent l’exploitation des produits forestiers non ligneux – PFNL (Vantomme et Gazza, 2010). Ces actions sont fondées sur l’idée selon laquelle donner une valeur économique aux PFNL constitue une incitation à la conservation des écosystèmes naturels (Kusters et al., 2006). Cependant, l’exploitation des PFNL ne permet de concilier conservation et développement local que sous certaines conditions (Arnold et Ruiz Pérez, 2001 ; Belcher et al., 2005). Plusieurs études de cas montrent que l’exploitation non contrôlée de ces produits a non seulement menacé d’extinction les espèces concernées mais a aussi fortement dégradé leurs habitats (Kusters et al., 2006). L’essentiel des cas étudiés portent sur des PFNL sauvages, cueillis dans des forêts communes (Tchatat et Ndoye, 2006).

Des solutions organisationnelles comme des quotas de cueillette ou la restriction des dates de campagne peuvent réguler ces pressions (Belcher et al., 2005). Mais ces solutions se révèlent difficiles à mettre en œuvre. Leur acceptabilité sociale reste faible et elles nécessitent des moyens importants, dont les pays du Sud sont généralement dépourvus (Bertrand et al., 2014). À Madagascar, les expériences passées de l’exploitation de l’écorce du Prunus africana (Stewart, 2003) et du caoutchouc (Danthu et al., 2016) illustrent ces difficultés. Des alternatives, fondées sur la cueillette aménagée et la culture semi-intensive, peuvent se révéler plus vertueuses d’un point de vue environnemental, social et économique (Kusters et al., 2006).

Le Tsiperifery, un poivrier sauvage endémique de Madagascar, produit des baies suscitant l’intérêt de nombreux consommateurs sur le marché international (Razafimandimby et al., 2017) ; mais il fait l’objet de pratiques de cueillette non durables. Dans l’objectif d’assurer la durabilité de son exploitation, un collectif de chercheurs auquel appartiennent plusieurs co-auteurs de cet article, a initié en 2016 un programme de recherche participative visant à aboutir à la domestication de cette espèce. Ce programme est construit autour du concept « follow the technology » de Douthwaite et al. (2003) qui sera explicité plus loin dans cet article. La démarche adoptée place les paysans au cœur du processus d’innovation comme co-constructeurs et expérimentateurs de techniques en cours d’élaboration. Plusieurs questions se posent alors : Comment les paysans réagissent à cette proposition ? Acceptent-ils d’expérimenter puis de co-construire les techniques de culture du Tsiperifery proposées par les porteurs du projet ? Quels sont les déterminants de leur comportement et quels sont les facteurs pouvant bloquer leur participation au programme de domestication du Tsiperifery ? Cet article s’intéresse aux stratégies des paysans concernant leur adhésion au processus d’innovation en cours de co-construction et aux facteurs qui influencent ces comportements. Les résultats de cette analyse contribueront à alimenter les réflexions in itinere sur la conduite du programme de domestication du Tsiperifery, notamment le lien entre la production de connaissances techniques et la participation des paysans à différentes étapes du processus d’innovation.

2 Matériels et méthodes

2.1 Matériels

2.1.1 Tsiperifery, le poivrier sauvage de Madagascar

Le Tsiperifery, appelé communément « poivrier sauvage de Madagascar » appartient au genre Piper de la famille des Piperaceae. Il a pour habitat les forêts denses humides sempervirentes de l’est de Madagascar. Au moment où paraît cet article (avril 2021), la dernière révision taxonomique en date l’identifie comme Piper borbonense (Miq.) C.DC., 1869, mais il pourrait s’agir d’une nouvelle espèce, le Piper malgassicum (Palchetti et al., 2018). La plante est dioïque.

En termes de phénologie, aucune étude précise n’a encore été effectuée sur le Tsiperifery. Les informations apportées par des herbiers et les enquêtes auprès des cueilleurs et riverains des forêts indiquent que la floraison est annuelle et que la maturité des fruits est optimale d’octobre à décembre (Touati, 2012).

La figure 1 présente la liane de Tsiperifery sur tuteur et ses fruits, les baies de poivre.

Ce PFNL n’est pas encore soumis à une réglementation spécifique et est actuellement exporté en tant que poivre noir. Environ 50 t ont été exportées en 2011 et 25 t en 2014, à un prix de 100 à 200 €/kg (Razafimandimby et al., 2017). La demande élevée a engendré une surexploitation de l’espèce et expose son habitat forestier à des risques de dégradation.

Les jeunes lianes de Tsiperifery poussent à l’ombre, mais une fois adultes elles ont besoin de lumière pour fleurir et fructifier. Les lianes adultes fructifient à plus de 10 m de hauteur. Pour atteindre les grappes de Tsiperifery, les cueilleurs coupent les tuteurs ou arrachent la liane (Razafimandimby et al., 2017). En conséquence, les pratiques de cueillette portent atteinte à la population des lianes, à la forêt qui les héberge et aux autres espèces endémiques qui s’y trouvent.

thumbnail Fig. 1

Tsiperifery. Photo 1 : une liane sur son tuteur. Photo 2 : les baies fraîches. Photo 3 : les grains de poivre secs. © Razafimadimby.

Tsiperifery. Photo 1: a liana on its support tree. Photo 2: fresh berries. Photo 3: dried peppercorns.

2.1.2 Programme de domestication du Tsiperifery

Le programme de domestication du Tsiperifery a été mis en œuvre à Madagascar à partir de 2016 par le dispositif de recherche en partenariat « Forêt et biodiversité à Madagascar » constitué par le Cirad, le Fofifa et l’Université d’Antananarivo. Le programme est mis en œuvre par l’intermédiaire de deux projets similaires, Capetsip et Dometsip (https://www.forets-biodiv.org/projets/en-cours), sur trois sites pilotes. À cette date (avril 2021), toutes les connaissances nécessaires pour une domestication effective du Tsiperifery ne sont pas encore stabilisées : différents paramètres tels que la diversité génétique, les paramètres de croissance, la fertilisation, la fructification ou la protection contre les maladies sont mal maîtrisés. Face à la dégradation des forêts et compte tenu des faibles connaissances scientifiques sur cette espèce, les chercheurs ont adopté une démarche participative associant chercheurs et parties prenantes à la co-construction des techniques de culture de la liane, en s’appuyant sur le concept « follow the technology » proposé par Douthwaite et al. (2003). Cette approche constructiviste consiste à (i) concevoir, sur la base des connaissances scientifiques existantes, une première proposition d’itinéraire technique appelée « promesse plausible ». Celle-ci est alors (ii) présentée aux paysans qui l’expérimentent et la font évoluer pour l’adapter à leur contexte agro-écologique et économique. Un suivi scientifique rigoureux de ces adaptations et des ateliers réflexifs avec les paysans permettent alors (iii) d’améliorer de manière itérative les techniques mises en œuvre. Cette approche produit des cycles d’apprentissage entre paysans, techniciens et chercheurs (Douthwaite et al., 2003) à partir d’une entrée technique initiale et conduit à accompagner les autres dimensions institutionnelles et organisationnelles tout au long du processus d’innovation.

En 2016, la découverte d’un procédé de bouturage assurant un taux de reprise satisfaisant débloque le premier obstacle technique à la culture du Tsiperifery : il devient alors possible de définir une première proposition d’itinéraire technique présentant des chances de succès que les chercheurs estiment raisonnables. Cet itinéraire est conçu par les chercheurs sur la base des résultats de recherche en cours, de l’expérience de planteurs privés et d’une étude bibliographique historique des procédés de domestication d’autres espèces de poivre (Ceccarelli et al., 2021).

Cet itinéraire technique constitue la « promesse plausible » initiale du processus de recherche participative. Il consiste à bouturer des lianes mâles et femelles. Les boutures sont prélevées sur des rameaux rampants de Tsiperifery sauvages. Les boutures des rameaux rampants ont un taux de survie plus élevé et leur prélèvement n’impacte pas la survie de la plante mère. Ces boutures sont entretenues en pépinières pendant environ six mois avant d’être transplantées.

Deux options de replantation sont alors envisagées : (i) la replantation en forêt dans l’écosystème d’origine des lianes mais dans des zones où les droits d’accès ne sont pas explicites ou (ii) la plantation sur tuteurs vivants au sein de parcelles agricoles privées, dans un écosystème différent mais dans un contexte foncier sécurisé. Les chercheurs suggèrent de planter un pied mâle au milieu d’un carré de huit femelles. Cette proposition s’inspire des mécanismes de pollinisation d’autres espèces de poivre (De Figueiredo et Sazima, 2004) et des résultats d’expériences de mise en culture du Tsiperifery conduites par des entreprises privées à Madagascar et devra faire l’objet d’une validation scientifique formelle.

Pour accompagner l’expérimentation de l’itinéraire technique, le programme s’appuie sur des associations paysannes dans les sites pilotes. Ces associations ont été créées et accompagnées tout au long des deux projets. En théorie, tous les villageois des sites d’intervention du programme de domestication du Tsiperifery pouvaient devenir membres de ces associations, à condition de participer à l’expérimentation et à la co-construction des techniques de culture du Tsiperifery. Un dispositif de suivi-évaluation mutualisé est mis en place pour observer la mise en œuvre des itinéraires techniques de domestication du Tsiperifery sur chaque site.

2.1.3 Sites d’études

L’étude a été menée dans trois sites de domestication du Tsiperifery à Madagascar (Fig. 2) :

  • le fokontany Ambodivoangy, commune Ifanadina, région Vatovavy Fitovinany ;

  • le fokontany Ambodirafia, commune Kelilalina, région Vatovavy Fitovinany ;

  • la commune Ambongamarina, commune Ambongamarina, région Analamanga.

Les trois sites présentent des caractéristiques socio-économiques similaires. Pour les trois sites, les principales activités sont la riziculture et l’élevage. La culture de bananiers est également importante à Ambodivoangy et Ambodirafia.

Sur ces trois sites, la cueillette est effectuée au sein de forêts domaniales gérées par le service du cantonnement forestier. Pour Ambodivoangy et Ambodirafia, les premières expériences de bouturage du Tsiperifery ont été initiées par un projet appelé Fararano mis en œuvre par l’ONG CRS, l’organisation NCBA CLUSA et le Centre de recherche ValBio en 2016. En 2017–2018, le projet Dometsip a poursuivi et accentué les actions déjà mises en place sur ces sites. Pour le cas de la commune Ambongamarina, le projet Capetsip a été mis en œuvre en 2017–2018 dans l’ensemble de la commune.

Les activités de culture du Tsiperifery réalisées par les membres des associations bénéficiaires des projets de domestication sur chaque site sont présentées dans le tableau 1.

thumbnail Fig. 2

Carte des sites d’étude.

Map of the study sites.

Tableau 1

Activités de bouturage et replantation du Tsiperifery réalisées sur les sites. Source : Document de suivi-évaluation des projets Dometsip et Capetsip.

Cutting and replanting activities of Tsiperifery carried out at the sites.

2.2 Démarche d’analyse

La méthode de collecte de données s’inspire de la grounded theory ou « théorie ancrée ». Cette approche inductive consiste à construire des connaissances à partir des données empiriques obtenues sur le terrain (Cassell et Gillian, 2004). Sur les trois sites, des entretiens semi-structurés sont menés auprès de 90 paysans comprenant des membres des associations bénéficiaires des projets de domestication et des non-membres. Les thèmes abordés au cours de l’entretien portent sur les facteurs influençant les choix et la propension des paysans à tester et à co-construire l’itinéraire technique de mise en culture du Tsiperifery proposé par les porteurs du programme de domestication.

Les entretiens sont réalisés jusqu’à saturation de l’information. Pour les membres des associations bénéficiaires du programme de domestication du Tsiperifery, les entretiens sont réalisés avec la méthode d’échantillonnage par boule de neige. Pour les non-membres des associations, les interviewés ont été rencontrés de manière aléatoire dans les trois sites d’étude. La répartition des personnes interrogées est présentée dans le tableau 2.

À partir de la retranscription des 90 entretiens, nous avons successivement procédé aux traitements suivants :

  • Étape 1 : Analyse textuelle

Le texte de chaque entrevue est lu attentivement, les phrases clés sont soulignées. Les fragments de texte jugés pertinents sont ensuite codés en paraphrases soulignant les différentes idées transcrites (Tab. 3).

  • Étape 2 : Définition des concepts

Les fragments codifiés énonçant les mêmes idées sont ensuite regroupés en concepts. Un exemple d’élaboration de concept est présenté dans le tableau 4.

  • Étape 3 : Classification en thèmes

Les concepts sont ensuite regroupés en neuf thèmes qui seront présentés dans la partie suivante. Le choix du thème attribué à chaque groupe de concepts relève des connaissances et des expériences des chercheurs ayant effectué l’analyse des discours des interviewés.

  • Étape 4 : Typologie comportementale des paysans

Chaque personne interrogée a été référencée selon les thèmes principaux mentionnés dans son discours. Une typologie des comportements des paysans interrogés a ensuite été construite en regroupant les paysans présentant des profils de thèmes similaires. Cette typologie reflète les registres de justification de la logique déclarée vis-à-vis de l’adoption de la culture du Tsiperifery.

Tableau 2

Structuration de l’échantillon de paysans interrogés.

Structure of the sample of surveyed farmers.

Tableau 3

Exemple de codage ouvert.

Example of open coding.

3 Résultats

3.1 Facteurs de succès et de blocage

Suite à l’analyse de discours des paysans, 175 paraphrases-codes ont été identifiées. Elles ont permis d’élaborer 24 concepts dont un exemple est présenté dans le tableau 4. Le regroupement de ces concepts a conduit à neuf thèmes présentés dans les tableaux 5 et 6. Ces tableaux indiquent également la proportion de paysans ayant fait référence à chacun des thèmes relatifs à la motivation ou aux freins à l’adoption de la mise en culture du Tsiperifery.

Tableau 4

Exemple de regroupement en concepts.

Example of grouping into concepts.

Tableau 5

Facteurs de motivation pour adopter la technique.

Motivational factors for adopting the technique.

Tableau 6

Freins à l’adoption de la domestication du Tsiperifery.

Barriers to adoption of Tsiperifery domestication.

3.1.1 Logique économique

Avant l’arrivée du programme de domestication, la cueillette du Tsiperifery constituait une source de revenus saisonnière, mise à profit par quelques paysans pauvres en période de soudure. Ces derniers espèrent que la mise en culture de cette espèce permettra de pallier la raréfaction du Tsiperifery cueilli en forêt.

Pour les paysans qui ne pratiquent pas encore la cueillette en forêt, la mise en culture du Tsiperifery est également considérée comme une source d’amélioration de revenu. Le prix de vente élevé du produit, 20 000 à 30 000 MGA/kg sec lors des enquêtes, constitue un facteur attractif important (1 € = 4480 MGA).

De plus, la possibilité d’association du Tsiperifery avec d’autres cultures permet aux paysans d’envisager une diversification de leurs activités sans renoncer à une culture déjà pratiquée.

3.1.2 Communication et information

La quantité et la qualité des informations sur la mise en culture du Tsiperifery, reçues de bouche à oreille au sein de la communauté ou via les sensibilisations des techniciens, constituent des facteurs de motivation.

La participation des paysans aux foires nationales de l’agriculture (en 2017 et 2018) a notamment eu des effets importants. Les paysans ayant participé à ces foires ont pu constater l’existence de nombreux acteurs intéressés par la filière au niveau national. De même, les visites des techniciens agricoles, des chercheurs et des différents agents du programme, ont permis aux paysans d’acquérir plus d’informations sur cette filière.

À l’inverse, l’absence d’information ou leur qualité jugée insuffisante constituent des freins. Ce déficit d’information est corrélé à une faible intégration dans les réseaux de communication locaux. Selon des non-membres des associations interrogés à Ambodirafia et Ambongamarina, les associations accompagnées par les projets sont exclusives et communiquent peu avec le reste de la communauté. Les personnes n’ayant pas de relation directe avec les présidents de ces associations n’ont pas été informées de la création de ces dernières et ne reçoivent pas d’information technique ou sur l’évolution des prix d’achat du Tsiperifery. Néanmoins, il est noté que seuls 14 % des interviewés à Ambodirafia et 8 % à Ambongamarina ont évoqué ce problème.

3.1.3 Maintien de bonnes relations avec les acteurs du développement

À Ambodivoangy et Ambodirafia, plusieurs paysans disent avoir expérimenté la culture du Tsiperifery du fait de la proximité entre ce programme de domestication, le centre de recherche ValBio et le projet Fararano, deux institutions locales ayant développé depuis de nombreuses années des relations de confiance avec ces villages. La plupart des paysans ayant accepté l’expérimentation de la culture du Tsiperifery sur ces sites ont déjà bénéficié de plusieurs actions de développement portées par ces acteurs. Ils ont accepté d’expérimenter cette technique notamment pour entretenir leur relation avec ces acteurs du développement.

3.1.4 Accès au marché

L’existence d’un circuit commercial fiable et établi pour l’écoulement du Tsiperifery constitue une motivation importante. La venue d’un représentant d’une société exportatrice d’épices à Ambodirafia et Ambodivoangy et une promesse d’achat ont eu un effet incitatif important.

3.1.5 Esprit de conservation

Certains paysans considèrent la culture du Tsiperifery comme un instrument de conservation de la forêt. La replantation de plants en forêts est en effet susceptible de transformer les règles d’accès aux ressources forestières. Les zones de replantation de Tsiperifery seront protégées par les propriétaires des lianes, ce qui bénéficiera à la forêt. D’autres paysans justifient leur adhésion au programme en se référant aux générations futures à qui ils espèrent laisser des ressources forestières en bon état et des pieds de Tsiperifery productifs.

3.1.6 Aversion au risque

L’aversion au risque regroupe les notions de risque et d’incertitude. Les paysans interrogés doutent de l’existence d’un marché pour ce produit et craignent que les lianes ne fructifient pas, que la fructification prenne trop de temps ou que les prix s’effondrent une fois que la domestication aura permis d’augmenter la production. Ces fortes incertitudes les conduisent à adopter une stratégie d’attente afin de limiter les risques ; ils n’adoptent donc pas ces itinéraires techniques.

Certains paysans disent ne pas avoir de temps à consacrer à cette pratique mais disent vouloir participer plus tard à la culture du Tsiperifery. Ils souhaitent avoir les retours d’expérience des premiers paysans participant à la domestication du Tsiperifery. Ils attendent que le processus expérimental soit achevé et les itinéraires techniques stabilisés.

3.1.7 Capacités productives et exclusion d’acteurs

À Ambodirafia, le problème de l’accès au foncier reste un facteur de blocage pour les paysans arrivés récemment. Sur ce site, le choix a été fait d’une plantation uniquement sur des parcelles agricoles à usage commercial. Ce choix exclut du projet les migrants, qui n’ont pas un accès foncier sécurisé sur le long terme par le droit coutumier et n’ont pas d’arbres tuteurs sur leurs parcelles. Ce n’est pas le cas pour les sites Ambongamarina et Ambodivoangy, où les membres des associations replantent les boutures sur des parcelles communes et/ou sur des parcelles privées, ce qui permet la participation des migrants au projet.

Le manque de temps et de ressources financières fait aussi partie des freins à l’adoption. Pour obtenir des formations et du matériel, les paysans doivent adhérer à une association bénéficiaire du programme, donc participer à des réunions et à des travaux collectifs. Or, les salariés agricoles ont peu de temps à consacrer à ces activités, qui représentent autant de journées rémunérées de perdues. Cela a été remarqué pour des paysans du site Ambodivoangy. Le règlement interne de l’association accentue également ce problème, car les absents aux réunions ou aux travaux collectifs doivent payer 2000 MGA par absence, ce qui est une somme importante pour un salarié agricole qui ne gagne que 3000 à 3500 MGA par jour.

3.2 Typologie des adoptants potentiels

En se référant aux facteurs influençant les décisions des paysans à participer ou non au processus de domestication du Tsiperifery, les participants potentiels à ce programme peuvent être catégorisés en cinq types : les « homo-economicus », les « conservationnistes », les « opportunistes », les « exclus du processus » et les « suiveurs ». Les proportions de chaque type au niveau de chaque zone d’étude sont présentées dans le tableau 7.

Les arguments relatifs à la logique économique se retrouvent parmi tous les types d’adoptants. Nous avons qualifié d’« homo-economicus » ceux qui mobilisent uniquement ce registre de justification. Ils sont minoritaires dans les trois sites d’études (14 % pour le maximum, à Ambongamarina). Les raisons de la participation de ce groupe au processus de domestication répondent aux modèles ricardiens de comportement optimal visant à maximiser une utilité (Pareto, 1909). Les adoptants d’un deuxième type sont qualifiés d’« opportunistes ». Ce sont des paysans habitués à profiter des retombées des projets de développement. Il est plausible que leur attrait pour la culture de Tsiperifery évoluera une fois les projets achevés. Ils sont surtout présents à Ambodivoangy et Ambodirafia. Il existe également des paysans « conservationnistes », qui justifient leur participation au programme de domestication par souci de conservation de leurs ressources forestières. Ils sont plus nombreux à Ambongamarina. Il existe aussi des paysans qui peuvent être considérés comme étant « exclus » du processus de recherche participative. Ce sont les paysans qui disent ne pas avoir été informés lors de la création des associations, ainsi que ceux qui ne peuvent pas participer à l’expérimentation de la culture du Tsiperifery faute de moyens productifs : accès sécurisé au foncier pour les migrants ou temps libre pour les ouvriers agricoles. Les « suiveurs » sont les paysans qui attendent de voir les résultats des premiers expérimentateurs avant de prendre une décision ; ils agissent principalement par imitation : ils n’adopteront les innovations que lorsque ces dernières auront été testées et seront devenues courantes au sein de la communauté.

Tableau 7

Typologie des adoptants potentiels selon leur logique d’adoption de la domestication du Tsiperifery.

Typology of potential adopters according to their logic of adoption of Tsiperifery domestication.

4 Discussion

4.1 Amorce de compréhension du processus de domestication du Tsiperifery

La logique économique est présente dans les discours de la majorité des paysans dans chacun des trois sites. Toutefois, ce n’est pas le principal facteur influençant les décisions des participants au programme de domestication. Les principaux registres de justification évoqués par les paysans diffèrent selon les sites : la communication et la confiance dans les porteurs du projet à Ambodivoangy, la communication et l’accès au marché à Ambodirafia, et la conservation des ressources forestières à Ambongamarina. Ces différences soulignent l’importance des facteurs socio-économiques et écologiques : les forces des interactions et des relations anciennes entre les porteurs du programme de domestication et les paysans pour Ambodivoangy ; l’accès au marché via la venue d’un acheteur promettant l’achat du Tsiperifery pour Ambodirafia ; la prise de conscience des paysans de la raréfaction des ressources naturelles pour Ambongamarina. Dans ce dernier cas, la forte dégradation des forêts a conduit les paysans à conserver les fragments de forêts restant dans la zone ; un phénomène similaire a été observé à Madagascar par Hervé et al. (2020).

En ce qui concerne la typologie construite, à l’inverse de celles couramment utilisées dans les études de diffusion des innovations inspirées des catégories de Rogers (1983) (pionniers, innovateurs, majorité précoce, majorité tardive et retardataires), notre typologie ne reflète pas de changement de profil d’adoptant en fonction de la dynamique d’adoption. Cela peut s’expliquer par le fait que le processus de domestication du Tsiperifery est très récent et que tous les types que nous avons identifiés correspondent aux phases initiales d’émergence de l’innovation. Il est probable que cette typologie tendra à se complexifier au fur et à mesure de l’avancée de la dynamique d’innovation. Les paysans qui ont accepté les premiers de participer au processus de domestication pourraient constituer les pionniers de cette innovation.

À l’instar des typologies d’adoptants de l’innovation comme celle de Audouin et Gazull (2014), la typologie de cette étude traduit une diversité de représentations à l’échelle individuelle. Or les déterminants de l’adoption de la culture du Tsiperifery combinent des déterminants qui se réfèrent à une échelle individuelle (comme l’amélioration des revenus des ménages, les capacités productives de l’exploitation ou l’accès aux projets de développement), mais aussi des déterminants qui se réfèrent à une échelle collective (le réseau de communication, l’accès au marché, l’état de dégradation des ressources forestières, ou les jeux de pouvoir autour du contrôle des associations). Ce résultat souligne l’importance de la prise en compte de l’ensemble des éléments qui composent un système d’innovation dans les dispositifs d’accompagnement d’une innovation (Toillier et al., 2018) et dans un territoire donné (Audouin et Gazull, 2014).

Néanmoins, la typologie construite offre une compréhension empirique approfondie des représentations, des motivations et des freins à la participation des paysans au programme de domestication du Tsiperifery. Ce sont des éléments à prendre en compte dans la conduite future du programme de domestication, notamment l’exclusion de certains types de paysans (les migrants et les ouvriers agricoles), l’importance de la perception de l’état de dégradation de la forêt, et l’importance d’apporter des preuves sur les performances techniques de la production du Tsiperifery. Selon les sites, les actions d’accompagnement pourront être adaptées dans une perspective de gestion territoriale agricole et forestière.

4.2 Incertitudes techniques sur la domestication du Tsiperifery

Le manque de données et d’études concernant la phénologie et l’itinéraire technique de domestication du Tsiperifery invite à la prudence et à s’interroger sur la pertinence de la diffusion de cette pratique à ce stade des connaissances scientifiques. Les domaines d’exploration scientifique sont nombreux : mode de propagation, fructification, rendement, maintien de la diversité génétique, qualités organoleptiques du Tsiperifery domestiqué, ravageurs et parasites de la plante. Dans le cas de la domestication de l’hévéa en Amazonie, les espèces plantées sur parcelle agricole ont été atteintes par des maladies de brûlure des feuilles (Boot, 1997). Un autre exemple est le cas de la domestication de Aquarilla spp. produisant du bois d’agar au Laos, un PFNL très intéressant au niveau économique (Jensen, 2004). Les arbres domestiqués ont produit un bois d’agar de moins bonne qualité que ceux de la forêt naturelle. Ces innovations, conçues pour résoudre un problème donné, ont dû affronter, in itinere, de nouveaux problèmes (Baret, 2014). Ainsi, des problèmes pourraient survenir pour les plantations sur parcelles agricoles du Tsiperifery, vu le manque d’informations précises sur les pollinisateurs ou les risques de maladies. Il reste donc indispensable de s’assurer que les observations techniques effectuées sur les sites pilotes de domestication soient discutées au sein d’un dispositif multi-acteurs d’accompagnement de l’innovation afin d’adapter les techniques in itinere et d’accompagner la résolution des problèmes techniques, institutionnels et organisationnels qui ne manqueront probablement pas de survenir.

5 Conclusion

Cette étude met en évidence les logiques comportementales des paysans dans le choix de participer au processus de co-construction de connaissances dans le cadre d’un programme de domestication du Tsiperifery. La recherche d’avantages possibles comme le profit se retrouvent dans les raisons d’adoption de la culture du Tsiperifery exprimées par les paysans interrogés. Néanmoins, pour expliquer leurs décisions, la plupart évoquent aussi, en plus de cet argument économique, d’autres raisons, telles que le souci de la conservation des ressources forestières ou le maintien des relations avec les porteurs du projet. Les participants centrés uniquement sur une logique économique sont minoritaires dans les trois sites d’études. Le manque d’informations sur la production et le marché reste un facteur de blocage à l’adoption de la culture du Tsiperifery. Il a été également remarqué que la mise en place du programme de domestication exclut des groupes sociaux comme les migrants et les ouvriers agricoles.

Cette étude apporte des éléments de réflexion aux acteurs du développement et de la conservation pour mettre en œuvre des mesures d’accompagnement tenant compte de la diversité des logiques comportementales des paysans des sites d’études. Elle appelle également à ne pas se limiter à une analyse au niveau individuel. Une analyse au niveau du système d’innovation permet de rendre compte des dimensions techniques, économiques et institutionnelles du système, mais aussi des caractéristiques des territoires, où l’état de dégradation des forêts est perçu différemment par les paysans. Le manque d’informations techniques sur la mise en culture du Tsiperifery peut également constituer un facteur non négligeable freinant les paysans pour tester et mettre en pratique ces solutions techniques.

Références

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Citation de l’article : Rasambo SN, Queste J, Razafiarijaona J, Audouin S, Jankowski F, Rabefarihy T, Ramananarivo R. 2021. Stratégies paysannes de participation à la domestication du poivre sauvage de Madagascar, le Tsiperifery. Cah. Agric. 30: 24.

Liste des tableaux

Tableau 1

Activités de bouturage et replantation du Tsiperifery réalisées sur les sites. Source : Document de suivi-évaluation des projets Dometsip et Capetsip.

Cutting and replanting activities of Tsiperifery carried out at the sites.

Tableau 2

Structuration de l’échantillon de paysans interrogés.

Structure of the sample of surveyed farmers.

Tableau 3

Exemple de codage ouvert.

Example of open coding.

Tableau 4

Exemple de regroupement en concepts.

Example of grouping into concepts.

Tableau 5

Facteurs de motivation pour adopter la technique.

Motivational factors for adopting the technique.

Tableau 6

Freins à l’adoption de la domestication du Tsiperifery.

Barriers to adoption of Tsiperifery domestication.

Tableau 7

Typologie des adoptants potentiels selon leur logique d’adoption de la domestication du Tsiperifery.

Typology of potential adopters according to their logic of adoption of Tsiperifery domestication.

Liste des figures

thumbnail Fig. 1

Tsiperifery. Photo 1 : une liane sur son tuteur. Photo 2 : les baies fraîches. Photo 3 : les grains de poivre secs. © Razafimadimby.

Tsiperifery. Photo 1: a liana on its support tree. Photo 2: fresh berries. Photo 3: dried peppercorns.

Dans le texte
thumbnail Fig. 2

Carte des sites d’étude.

Map of the study sites.

Dans le texte

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